Plan de relance, les propositions du SLF pour les librairies indépendantes

Publié le 30/04/2020 par La Rédaction
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Le contexte

Une cessation d'activité quasi totale

Les librairies font l'objet d'une interdiction administrative d'accueil du public depuis le 17 mars 2020. D'après les données de l'Observatoire de la librairie (panel représentatif de 255 librairies), leur activité globale depuis le début du confinement chute de 93,5% en comparaison avec la même période en 2019.

Leurs activités de retrait et de livraison demeurent autorisées et se développent depuis quelques jours. On peut estimer néanmoins que moins de la moitié y ont recours et que 10% seulement en tirent un chiffre d'affaires autre que symbolique.

Un reliquat de charges fixes à couvrir équivalent à 16% du CA

Tenant compte des dispositifs nationaux mis en place par le Gouvernement, particulièrement l'activité partielle, les charges fixes demeurant à la charge des libraires durant la période de fermeture sont évaluées à 16% du chiffre d'affaires habituel durant la période de mi mars à mi mai, soit un total, pour l'ensemble de la profession de 20 à 26 millions d'euros.

Ces évaluations ne tiennent pas compte des conditions de reprise forcément très progressive et du ralentissement de l'activité qui risque d'affecter l'ensemble de l'année 2020. A ce titre, les quatre mois suivant la réouverture s'annoncent particulièrement préoccupants pour la majorité des librairies. Sur l'ensemble de l'année, une baisse de CA de l'ordre de 20 à 30% est à redouter, hors hypothèse de reconfinement.

Un impact encore plus violent pour le secteur le plus fragile du commerce de détail

L'étude sur la situation économique et financière des librairies indépendantes, confiée en 2019 au cabinet Xerfi, par le ministère de la Culture et le SLF confirme la fragilité structurelle du secteur. Si la librairie se situe dans la moyenne du commerce de détail pour la marge commerciale, elle demeure, une fois ses charges prises en compte, l'une des branches du commerce les moins rentables, tant au niveau de son excédent brut d'exploitation que de son résultat net.

EBE 2017 : librairies (2.1 %) ; moyenne du commerce de détail (5.8 %)

Résultat net 2017 : librairies (1.2 %) ; ensemble du commerce de détail (3.6 %)

Ce niveau de rentabilité très bas explique la faiblesse de la trésorerie des librairies et la difficulté qu'il y aura à la reconstituer durant les mois et les années qui viennent. Les librairies ne disposent en moyenne que de quelques semaines de trésorerie laborieusement constituée au fil des ans (un mois de trésorerie en librairie, c'est 3 à 5 ans de résultat !). 

A défaut de mesures proportionnelles à la gravité de la crise actuelle, un nombre significatif de librairies pourrait, du fait du cycle de trésorerie dans la profession, se trouver en cessation de paiements dès cet été ou durant le premier semestre 2021. Pour toutes, quoiqu'il en soit, le risque de licenciements et de réduction des stocks est majeur, entraînant, outre un coût social et économique lourd, un affaiblissement des librairies sur ce qui constitue deux de leurs principaux points forts.

Aider les librairies, c'est aussi aider les éditeurs et les auteurs

La reconstitution des trésoreries des librairies est vitale pour elles-mêmes mais tout autant pour les auteurs et les éditeurs, leur capacité à relancer leurs commandes et à maintenir leurs stocks conditionnant le redémarrage de l'ensemble de la filière du livre, particulièrement pour ce qui concerne l'édition indépendante pour laquelle les librairies constituent le principal circuit de vente.

 Propositions de mesures

 La nécessité de mesures d'urgence et structurelles

L'exposition des librairies à cette crise tient à la cessation quasi complète de leur activité durant près de deux mois, à une reprise qui ne manquera pas d'être laborieuse, mais également à leur vulnérabilité structurelle. Aux yeux du SLF, une réponse adaptée à la crise actuelle doit concilier des mesures d'urgence compensant les pertes, sous forme d'effacement de charges ou de subventions, et des mesures structurelles permettant à moyen terme aux librairies d'améliorer leurs marges et de reconstituer leurs trésoreries.

Mesures d'urgence :

Mesures structurelles : priorité à l'amélioration des marges

Enfin, plus globalement, le SLF est convaincu que cette crise met encore davantage en lumière les dysfonctionnements structurels de l'économie du livre. C'est pourquoi il demande l'organisation, à l'automne, d'Etats généraux  afin de tirer les leçons de cette crise et de discuter des moyens à mettre en œuvre pour améliorer les équilibres et l'encadrement de la filière au service de la création, de la diffusion et de la lecture.