Monsieur Jack Lang, c'est au nom des valeurs que vous défendez que les libraires ont jugé prématurée une réouverture de leurs commerces au pic de l'épidémie

Publié le 05/05/2020 par La Rédaction
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Dans une interview publiée le 5 mai par Le Monde, l'ancien ministre de la Culture affirme que " les librairies ont commis une erreur en ne voulant pas rester ouvertes alors que le gouvernement l'envisageait ". Il s'agit là d'un mauvais procès. Le SLF réagit en rappelant les faits et les raisons qui ont amené la profession, à l'époque, à prendre cette décision : 

"Monsieur Jack Lang, nous fêterons l'an prochain le quarantième anniversaire de la loi qui porte votre nom. Sans elle, nous serions bien peu de libraires, aujourd'hui, à pouvoir vous écrire. Sans elle, face à la violence de la crise actuelle, nous ne pourrions entretenir un filet d'espoir quant à notre avenir.

C'est au nom de tout ce que nous vous devons que nous avons été blessés par vos propos dans l'interview que vous avez donnée le 5 mai au Monde. Vous y considérez que les librairies ont commis une erreur en « ne voulant pas rester ouvertes alors que le gouvernement l'envisageait ». Il s'agit là d'un mauvais procès. Comment penser que les librairies auraient tiré leurs rideaux de gaieté de cœur ? Par un renversement dont seule la magie médiatique a le secret, c'est maintenant le gouvernement qui souhaitait l'ouverture des librairies et les libraires qui la refusaient...Rappelons les faits, une fermeture administrative imposée par le gouvernement et, deux jours plus tard, le 19 mars, le ministre de l'Economie qui, en réponse à la question d'une journaliste qui pensait, à tort, que les librairies restaient ouvertes en Belgique, n'excluait pas de réfléchir à une telle option en France.   

Nous étions alors au pic de l'épidémie. Des centaines de morts chaque jour, des services hospitaliers à la limite de la saturation, des injonctions, au plus haut niveau de l'Etat, à respecter le confinement le plus strict pour sauver des vies, une incertitude immense quant à notre capacité collective à maîtriser la propagation de ce virus. Vous avez souvent dit que le livre n'était pas un produit comme les autres, ni les librairies un commerce ordinaire. C'est bien au nom de cette spécificité et des valeurs qu'elle recouvre que nous avons fait primer la vie sur nos intérêts financiers à court terme. Qui est ce « nous » ? Une profession divisée comme vous semblez le penser ? Au contraire, un collectif soudé s'exprimant d'une seule voix, au niveau de son syndicat, de ses dizaines d'associations régionales ou de spécialité et, par centaines, de prises de position individuelles de libraires, représentant tous les territoires et toutes les tailles.

Monsieur Jack Lang, nos librairies oeuvrent chaque jour, dans l'adversité et la joie réunies, pour provoquer ces rencontres miraculeuses entre un lecteur et un auteur et pour maintenir au cœur de nos villes et de nos quartiers la flamme de la culture, c'est-à-dire comme vous le dites fort justement, « une source de bonheur et de générosité ». Nous aurons encore besoin de votre soutien pour maintenir cette flamme."

Xavier Moni, président du SLF