Face aux enjeux de la réouverture et du redressement de nos entreprises, l'union de la profession sera une force

Publié le 17/04/2020 par La Rédaction
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"Vous êtes nombreux à solliciter le SLF sur l'opportunité de relancer une activité de livraison et/ou de retrait de livres. Je tenais, à cette occasion, à vous rappeler plusieurs points.

D'abord, nous nous sommes collectivement opposés, le 19 mars dernier, à l'hypothèse d'une réouverture totale des librairies telle qu'évoquée par le ministre de l'Economie, Bruno le Maire. Je reste convaincu que notre attitude a été la bonne. Elle a fait primer l'impératif sanitaire et a reflété l'âme de nos librairies, soucieuses du bien-être collectif et pas uniquement de leurs intérêts financiers même si l'on mesure combien ceux-ci vont être durement affectés. 

Depuis le début du confinement, les activités de retrait et de livraison sont autorisées par les textes publiés par le gouvernement.

Le SLF l'a rappelé à plusieurs reprises car son rôle est également de vous apporter les informations les plus claires sur les règles juridiques qui encadrent  notre métier.

Récemment, nous avons à nouveau communiqué pour vous informer des clarifications obtenues auprès des ministères de l'Economie et de la Culture sur la possibilité, pour un particulier, de justifier la sortie de son domicile pour aller retirer un livre commandé auprès de son libraire.

Plusieurs cas de verbalisation nous avaient en effet été rapportés. Il s'agissait d'une clarification juridique et non d'une incitation à reprendre une activité de livraison et de retrait.

La communication qui s'en est suivie a néanmoins été perçue comme une levée de l'interdiction totale d'ouverture par certains de nos clients, impatients d'acquérir des livres et pensant sincèrement nous aider, mais également par beaucoup de responsables politiques et de médias qui méconnaissent parfois la réalité de notre travail et de nos contraintes. D'autres clients craignent, au contraire, de reprendre leurs activités habituelles alors que l'épidémie est encore très virulente. Nous devons aussi les écouter et les rassurer.

Chaque libraire doit pouvoir se positionner librement en la matière. Après avoir échangé avec nombre d'entre vous,  je souhaite rappeler quelques réalités.

L'épidémie circule toujours massivement et elle frappe chaque jour lourdement.

Toute décision doit donc être mesurée à l'aune de l'impératif sanitaire qui demeure, selon moi, essentiel.

Le retrait et/ou la livraison ne sont que des solutions de dépannage pour nos clients et lorsqu'elles sont activées, elles doivent être mises en œuvre avec prudence et dans le respect le plus strict des « gestes barrières ».

Economiquement, nous savons que cette activité réduite ne compensera ni nos pertes ni l'interdiction administrative d'accueil du public dans nos librairies qui s'impose jusqu'au 11 mai au moins. Elle est contraignante en temps et en organisation et ne doit pas nous faire dévier de la nécessité de travailler sur notre situation de trésorerie ou sur les conditions d'une réouverture sécurisante pour tout le monde.

Face à cette crise, l'union de notre profession est exemplaire. Elle est saluée bien au-delà de notre cercle, par de nombreux autres professionnels du livre, par d'autres branches d'activité, par des journalistes ou des responsables politiques.

Renforçons la encore pour surmonter les défis qui sont devant nous : la réouverture de nos librairies dans les meilleures conditions pour nos équipes et nos clients, la mobilisation la plus large de nos soutiens pour redresser nos entreprises.

A moyen terme, il s'agit aussi des réflexions nécessaires sur ce que cette crise dit de notre métier, de l'organisation et des objectifs de notre filière et, plus largement, du rôle et du sens à donner au livre et à la lecture dans une société qui, dans ce moment inédit, révèle ses failles mais peut-être aussi ses ressources.

C'est dans cet esprit et autour de ces valeurs, que, quotidiennement, nous continuerons à porter les intérêts de toutes les librairies pour traverser cette crise inédite."

Xavier Moni, Président du SLF